
Une légère brume flotte sur l’étang, un cygne tuberculé se devine au loin sur la rive. On entend déjà les oies cendrées et les bernaches du Canada ; il est un peu moins de six heures quand nous arrivons à notre poste pour la journée de nature qui nous attend. Ma femme et moi sommes venus pour le pygargue à queue blanche : c’est pour cela que nous avons pris la route très tôt vers le Haut-Palatinat bavarois. Nous avons découvert l’endroit il y a un an environ ; il se trouve dans une réserve naturelle. En ce moment, les chances sont bonnes d’y observer ces oiseaux imposants. En hiver, ils se déplacent le plus souvent, et les jeunes se regroupent. Exactement à cette période l’an dernier, nous avions eu sept ou huit pygargues sous le nez en une seule journée. Ce n’était pas notre attente pour aujourd’hui, mais ce serait formidable.
Il fait froid, -3 °C, un froid humide qui, comme on dit, vous transperce jusqu’aux os. À Hokkaido, par -20 °C, je ne l’avais pas ressenti ainsi : le climat y était sec. Bon, nous nous sommes habillés chaudement et avons pris position. Nous avions d’abord choisi un emplacement où monter notre camouflage tout en gardant une bonne vue d’ensemble.
Nous nous installons au calme, nous attendons, prêts pour le bon moment.
Devant nous, un cygne patrouille ; un autre est posé sur son nid, à 100 m environ de nous, sur un îlot de l’étang. Quelques fuligules milouins nagent près du nid. Une grande formation de grands cormorans nous survole et file vers d’autres plans d’eau, qui s’étendent sur tout le secteur. Deux hérons cendrés suivent derrière.
L’affût

Notre affût est mobile : le plus souvent, nous montons un écran avec des filets de camouflage. Le montage est simple, à base de pinces et d’un filet en nylon à travers lequel on peut voir. Un second filet, un peu plus sombre mais lui aussi transparent depuis l’intérieur, complète le dispositif. Ce type de filet réduit les reflets et assombrit les surfaces réfléchissantes. Pour renforcer l’effet, nous portons un poncho de camouflage qui brouille notre silhouette humaine. D’après mon expérience de ces deux dernières années, je recommande vivement cette méthode. Le matériel se transporte facilement et l’affût est monté en un rien de temps. Et le plus important : on peut tout démonter sans rien laisser derrière soi.

Le chariot

L’an dernier, je me suis acheté un chariot pliant. Quand je pars avec tout mon matériel, il n’y a pas d’autre solution : c’est tout simplement trop lourd et trop encombrant ! J’avais auparavant un diable qui se repliait aussi jusqu’à un certain point, mais qui restait moins pratique et limité par ce qu’on pouvait y transporter. J’ai longtemps cherché avant de trouver quelque chose qui convienne, qui se tire aussi en terrain accidenté et reste malgré tout maniable. Pour vous donner une idée de ce que j’ai emporté et de ce qui tient dans le chariot : deux sacs à dos photo, deux trépieds, deux sièges pliants, des filets de camouflage et un tapis antidérapant.
Mon dos m’a été très reconnaissant de cet achat. 😜
En attendant le roi des airs
Nous sommes donc restés là, à attendre.
Les cygnes étaient très actifs et six autres sont encore arrivés sur l’étang. Nous avons bu un café et attendu. Soudain, les canards se sont envolés en masse, et nous savions déjà ce qui allait suivre. La pensée n’était pas achevée que nous entendions déjà les pygargues appeler, sans encore les voir. J’ai alors regardé dans la direction des cris et, en effet, un couple de pygargues était posé à la cime des arbres, la tête tendue vers le haut, criant fort.

Mon matériel
Le couple se tenait à 200 m environ de nous, donc bien trop loin pour de vraies images. J’avais installé deux appareils sur deux trépieds : le Sony A1 avec un objectif 400 mm F2,8 et le Sony a7R IV avec un 200-600 mm F5,6/6,3. Le second visait un arbre mort sur lequel les pygargues aimaient se poser l’an dernier. J’avais relié l’a7R IV à un déclencheur à distance, pour pouvoir travailler avec des temps de pose plus longs. Mon boîtier principal a d’abord été utilisé à 400 mm, puis à 560 mm avec un téléconvertisseur, et plus tard à 800 mm. Je n’ai utilisé les 800 mm que pour filmer, car en mauvaise lumière et à trop grande distance la qualité d’image est médiocre. Il en est sorti quelques prises de vue qui servent de documentation. Le temps était mauvais, comme on pouvait s’y attendre en début de week-end : glacial, sombre et gris.
Tu parles d’heures dorées ! 😜
Pour finir
Au bout d’un moment, l’un des deux pygargues est parti vers un autre plan d’eau, et j’ai pu faire quelques images à cette occasion. L’autre pygargue est resté environ un quart d’heure de plus à la cime de l’arbre avant de partir dans la direction exactement opposée. Une demi-heure plus tard, l’un des deux est brièvement revenu à l’arbre, tandis que l’autre survolait une nouvelle fois l’étang.
Pendant ce temps, les cygnes se sont expliqués entre eux. Le couple nicheur a attaqué un petit groupe de cygnes venu de l’étang voisin. Quand il s’agit du territoire, les cygnes ne plaisantent pas. Le groupe s’est donc envolé, ce qui m’a donné l’occasion de faire quelques photos. J’en ai profité pour jouer un peu avec le temps de pose, que j’ai gardé très long.
Voici le résultat :


Appareil : Sony A1 + 400 mm f2,8 + 1,4 TC = 560 mm f4 – 1/125 – f5 – ISO 125
Au total, cette journée animalière a été une réussite du côté des observations ; du point de vue du photographe, rien qui entrera dans les livres d’histoire de la photographie. 😜
Nous savourons malgré tout chaque minute passée dehors ensemble, sans rien entendre d’autre que les oiseaux et le vent dans les arbres.
Sur ce, à la prochaine aventure !


